Depuis
Vers

Les Langues Parlées en Guyane

Les Langues Parlées en Guyane
25/08/2020

La Guyane française, creuset du plurilinguisme

L'histoire linguistique de la Guyane

Avant toute chose, un peu d'histoire ! Car oui, c'est l'histoire de la Guyane qui est à l'origine de cet impressionnant plurilinguisme.

La composition ethnolinguistique de la Guyane française reflète les événements historiques s'étant déroulés sur le territoire depuis le XVIe siècle. Les Amérindiens furent les premiers habitants de cette zone géographique, parlant des langues issues de trois grandes familles linguistiques : les langues arawakiennes (arawak ou lokono, palikur), les langues caribes (kali'na, wayana) et les langues tupi-guarani (émérillon ou teko, wayãpi).

La colonisation française au XVIIe siècle a profondément transformé le paysage linguistique du territoire. L'installation de plantations et la traite négrière ont conduit à l'émergence du créole guyanais, langue à base lexicale française, enrichie d'influences africaines, amérindiennes, anglaises, espagnoles et portugaises. Ce créole s'est développé comme langue véhiculaire entre les différentes communautés présentes sur le littoral.

À partir des XVIIe et XVIIIe siècles, des esclaves en fuite des plantations du Suriname voisin ont trouvé refuge en Guyane, apportant avec eux les les langues bushinenguées (aluku, ndyuka, pamaka, saamaka). Ces créoles à base lexicale anglaise et anglo-portugaise se sont solidement implantés dans la région du Maroni.

Puis, à partir du début du XXe siècle et surtout dans les années 70, de nouvelles vagues migratoires ont redessiné les contours linguistiques de la Guyane. Les arrivées en provenance du Brésil (apportant le portugais), du Suriname (renforçant le sranan tongo), d' Haïti (introduisant le créole haïtien), du Liban et d'Asie du Sud-Est (avec le hmong) ont enrichi cette mosaïque linguistique déjà complexe.

Cette diversité linguistique fait aujourd'hui de la Guyane un territoire d'outre-mer unique où se côtoient des langues créoles à base française et à base anglaise, une situation exceptionnelle dans le monde.

Combien de langues sont parlées en Guyane ?

La Guyane se caractérise par une diversité linguistique remarquable. Selon l'INSEE, une quarantaine de langues sont parlées sur le territoire au-delà du français. Cette richesse linguistique s'explique par la cohabitation de multiples communautés aux origines variées.

Le français demeure la langue officielle et la plus parlée, avec plus de 95 % de locuteurs francophones. Toutefois, il coexiste avec de nombreuses langues locales qui marquent le quotidien des Guyanais.

Un Guyanais sur cinq parle le créole guyanais dans la vie quotidienne, que ce soit au travail, en famille ou entre amis. Le créole haïtien, lié à l'immigration récente, est utilisé par un Guyanais sur dix.

Voici un tableau récapitulatif des grandes familles linguistiques présentes en Guyane :

 

Famille linguistique Langues principales Pourcentage estimé de locuteurs
Français Français 95 % (francophones)
Créoles à base française Créole guyanais, créole haïtien, créole martiniquais, créole guadeloupéen, créole saint-lucien 20 % (créole guyanais), 10 % (créole haïtien)
Créoles à base anglaise Aluku, ndyuka, pamaka, sranan tongo 19 % (sranan tongo dans le Bas-Maroni), 9 % (saamaka), 6 % (aluku), 5 % (ndyuka)
Créoles à base anglo-portugaise Saamaka 9 % (dans le Bas-Maroni)
Langues amérindiennes Kali'na, lokono (arawak), palikur, teko (émérillon), wayana, wayãpi Moins de 1 % chacune
Langues européennes Portugais, anglais, néerlandais, espagnol 10 % (portugais), 3 % (anglais), 8 % (néerlandais dans le Bas-Maroni)
Langues asiatiques Hmong, chinois (hakka, cantonais) Moins de 1 % chacune

Cette mosaïque linguistique témoigne de la pluralité culturelle qui fait la richesse de la Guyane. Près de 40 % des élèves d'une dizaine d'années parlent au moins trois langues, illustrant la perméabilité et le dynamisme de ce territoire plurilingue d'outre-mer.

La langue officielle de Guyane et les dialectes régionaux

Le français, langue officielle en Guyane

En vertu de l'article 2 de la Constitution française, le français est la seule langue officielle de la Guyane. C'est la langue de l'administration publique, de l'enseignement et de toutes les communications formelles. Cette reconnaissance juridique exclusive place le français au cœur de la vie institutionnelle du territoire.

Pourtant, la réalité linguistique guyanaise révèle un paradoxe intéressant : plus de 95 % de la population est francophone, mais seulement environ 14 % des habitants ont le français comme langue maternelle. Cette différence s'explique par le contexte plurilingue de la Guyane, où la majorité des résidents grandissent en parlant une autre langue à la maison (créole guyanais, langues amérindiennes, portugais, créoles bushinenguées), puis apprennent le français à l'école.

Le français joue donc un rôle de langue commune et de lien entre les communautés. C'est la langue qui permet aux différents groupes ethnolinguistiques de communiquer entre eux, que ce soit dans le cadre professionnel, éducatif ou administratif.

Dans les communes du littoral comme Cayenne, Kourou ou Saint-Laurent-du-Maroni, le français domine largement l'espace public, tandis que dans l'intérieur du territoire, les langues locales conservent une place prépondérante dans les échanges quotidiens.

Les dialectes et langues régionales de Guyane

Si le français est la seule langue officielle, la Guyane reconnaît néanmoins plusieurs langues régionales dans le cadre des « Langues de France », un dispositif mis en place par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF). À ce jour, seul le créole guyanais bénéficie d'une reconnaissance officielle comme langue régionale dans l'enseignement secondaire, avec des cours proposés dans le cadre du dispositif Langue et Culture Régionale (LCR) institué en 1986.

Les langues amérindiennes (kali'na, lokono, palikur, wayana, teko, wayampi) et les créoles bushinenguées (aluku, ndyuka, pamaka, saamaka) ont progressivement intégré le système éducatif depuis 1998 grâce au dispositif des Intervenants en Langue Maternelle (ILM). Ces langues, bien que largement parlées dans certaines zones géographiques, cherchent encore leur pleine reconnaissance dans l'espace public et institutionnel.

La répartition géographique des langues régionales reflète l'histoire du peuplement. Le créole guyanais domine sur le littoral, dans les grandes villes comme Cayenne et Kourou. Le créole haïtien, lié à l'immigration récente, est parlé par environ 10 % de la population.

Dans le Bas-Maroni (Saint-Laurent-du-Maroni, Mana, Apatou), les créoles à base anglaise et néerlandaise comme le sranan tongo, le saramaka, l'aluku et le ndyuka sont majoritaires. Le portugais brésilien est également présent, notamment dans les zones frontalières avec le Brésil. Quant aux langues amérindiennes, elles restent surtout parlées dans les communes de l'intérieur du territoire.

Le créole guyanais, langue du quotidien

Origines et particularités du créole guyanais

Le créole guyanais est un créole à base lexicale française qui s'est développé à partir du XVIIe siècle dans le cadre des habitations coloniales. Né de la nécessité de communication entre les esclaves africains et les colons européens, il puise son originalité dans un mélange d'influences exceptionnellement riche.

On y retrouve des apports des langues africaines (notamment les langues gbe pour les structures grammaticales), des langues amérindiennes (vocabulaire lié à la faune et à la flore tropicales), mais aussi de l'anglais, du portugais, de l'espagnol et du néerlandais suite aux occupations successives du territoire. On y retrouve même des traces de langues régionales françaises comme le breton et le charentais, témoins des vagues d'immigration métropolitaine.

Aujourd'hui, le créole guyanais est parlé par environ un tiers de la population, principalement dans les grandes villes du littoral comme Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni. Si cette langue partage de nombreux mots avec les créoles antillais (martiniquais, guadeloupéen, haïtien, saint-lucien), elle présente davantage de similitudes avec les créoles de l'île Maurice, des Seychelles et de la Louisiane au niveau des pronoms personnels.

Cette particularité linguistique s'explique par l'histoire singulière de la Guyane, marquée par les conflits entre puissances coloniales et par des influences multiples qui ont façonné une langue en constante évolution. L'intercompréhension reste néanmoins possible entre locuteurs de différents créoles à base française, facilitant les échanges au sein de l'espace caribéen.

La Guyane est-elle une région créole ?

L'identité créole occupe une place centrale dans la vie quotidienne et la culture guyanaise. Formée initialement par les populations d'esclaves africains qui en ont bâti les fondements, la culture créole s'est enrichie au fil des siècles des apports amérindiens, européens, asiatiques et d'autres populations d'Amazonie et de la Caraïbe.

Elle se manifeste dans les pratiques musicales, l'art culinaire, la pharmacopée traditionnelle et toute une philosophie de vie transmise notamment à travers les proverbes créoles. Pour les Créoles guyanais, la Guyane représente un véritable heimat, cet espace géographique vu comme une patrie commune où leurs racines sont profondément ancrées.

Cependant, réduire la Guyane à sa seule composante créole serait une erreur. Le territoire abrite plus de vingt-cinq communautés, chacune avec sa propre langue et son identité culturelle. Les Créoles jonglent d'ailleurs avec leur identité culturelle et leur identité nationale, dans un équilibre dynamique où la Guyane et la France véhiculent un double registre de valeurs complémentaires.

Cette diversité exceptionnelle fait de la Guyane un territoire unique où l'identité créole, bien qu'emblématique et historiquement structurante, coexiste harmonieusement avec une mosaïque d'autres cultures qui enrichissent le paysage culturel guyanais.

Les langues amérindiennes de Guyane

Les langues amérindiennes constituent un patrimoine linguistique ancestral de la Guyane, témoignant de plusieurs millénaires de présence humaine sur le territoire. Aujourd'hui, six langues amérindiennes sont officiellement reconnues comme Langues de France en Guyane : le kali'na, le lokono (ou arawak), le palikur, le teko (ou émérillon), le wayana et le wayãpi.

Ces langues appartiennent à trois grandes familles linguistiques distinctes : caribe, tupi-guarani et arawak. Bien que parlées par une minorité de la population guyanaise, ces langues représentent un lien vivant avec l'histoire précolombienne du territoire et continuent de structurer l'identité culturelle des peuples autochtones.

Le kali'na, anciennement appelé galibi, appartient à la famille linguistique caribe et se distingue comme l'une des langues amérindiennes les plus dynamiques de Guyane. Parlée principalement sur la bande côtière occidentale, entre le fleuve Maroni et Kourou, notamment dans les communes d'Awala-Yalimapo, Mana, Saint-Laurent-du-Maroni et Iracoubo, cette langue compte entre 2 800 et 4 000 locuteurs en Guyane française selon les estimations.

C'est la seule langue amérindienne de Guyane parlée sur cinq territoires différents (Venezuela, Guyana, Suriname, Guyane française et Brésil), avec un nombre total de locuteurs estimé à plus de 10 000 personnes. Du fait de cette vitalité relative, le kali'na figure parmi les langues amazoniennes ayant le plus de chances de survivre. Une normalisation orthographique a été adoptée par la majorité des Kali'na de Guyane en 1997, lors de la Déclaration de Bellevue-Yanou, facilitant ainsi son enseignement et sa transmission.

Le lokono, aussi appelé arawak, représente la famille linguistique arawak en Guyane. Cette langue, dont les origines remontent aux migrations proto-arawak depuis le centre de l'Amazonie, est aujourd'hui parlée par une communauté estimée à environ 2 130 personnes en Guyane française.

Cependant, seule une trentaine de Lokono déclarent encore maîtriser leur langue ancestrale, ce qui place le lokono parmi les langues amérindiennes les plus menacées du territoire. Face à cette situation critique, la Fédération Lokono de Guyane a lancé en 2019 des ateliers linguistiques destinés à faire revivre cette langue auprès des jeunes générations. Paradoxalement, le lokono reste la seule langue amérindienne reconnue comme Langue de France qui n'est pas enseignée dans le système scolaire guyanais, ce qui complexifie les efforts de revitalisation.

Le wayana, également de la famille caribe, est parlé par environ 1 000 personnes réparties dans une douzaine de villages du haut Maroni, dont les principaux sont Kayode, Elahé, Taluhwen, Twenke et Antekum Pata. Cette langue bénéficie d'un système de transcription graphique élaboré dans les années 1950 et est enseigné depuis 1998 dans le cadre du dispositif des Intervenants en Langues Maternelles (ILM), contribuant ainsi à sa transmission aux nouvelles générations.

Les autres langues amérindiennes de Guyane complètent ce tableau linguistique. Le wayãpi et le teko (ou émérillon) appartiennent à la famille tupi-guarani et sont principalement parlés dans les régions du haut Oyapock et du haut Maroni. Le palikur, troisième représentant de la famille arawak avec le lokono, maintient également une présence sur le territoire.

Toutes ces langues sont considérées comme des langues en danger en raison de la rupture de transmission intergénérationnelle et de la faiblesse numérique de leurs locuteurs. Pour contrer cette érosion linguistique, des efforts de préservation ont été mis en place : en 2019, 66 Intervenants en Langues Maternelles étaient en poste en Guyane, dont 15 dédiés aux langues amérindiennes, permettant à à environ 3 000 élèves de bénéficier d'un enseignement dans leur langue maternelle.

Ces initiatives témoignent d'une volonté collective de préserver ce patrimoine linguistique unique, véritable trésor culturel des Caraïbes et de l'Amazonie.

Apprendre les langues en Guyane : formation et intervenants en langue maternelle

Face à une telle diversité linguistique, la Guyane a développé des dispositifs éducatifs uniques pour préserver et valoriser ce patrimoine culturel. Que vous souhaitiez apprendre une langue locale avant votre séjour ou simplement comprendre comment fonctionne l'éducation multilingue sur le territoire, voici ce qu'il faut savoir sur les formations disponibles et les initiatives mises en place pour accompagner les jeunes locuteurs.

Les cours de langue et centres de formation en Guyane

L'académie de Guyane propose une offre linguistique variée, adaptée à la richesse culturelle du territoire. Plusieurs dispositifs permettent d'apprendre les langues locales, que ce soit dans le cadre scolaire ou associatif.

Au niveau de l'enseignement secondaire, les collèges proposent des enseignements facultatifs en Langues et Cultures Régionales (LCR) dès la classe de cinquième, incluant le créole guyanais. L'académie intègre également une unité d'enseignement dédiée au multilinguisme dans le master MEEF premier degré, avec 64 heures de cours, permettant aux futurs enseignants de se former aux enjeux de l'éducation plurilingue.

Au-delà du cadre institutionnel, plusieurs associations culturelles proposent des ateliers linguistiques pour découvrir le créole guyanais, les langues amérindiennes ou le nenge tongo. Ces initiatives permettent aux visiteurs et nouveaux arrivants de s'initier aux langues locales dans une ambiance conviviale.

Les intervenants en langue maternelle dans les écoles

Pour faciliter la scolarisation des enfants ne parlant pas français à la maison, l'académie de Guyane a mis en place le dispositif des Intervenants en Langue Maternelle (ILM) en 2007. Ces professionnels jouent un rôle essentiel dans l'accueil et l'accompagnement des élèves issus de milieux créolophones, amérindiens ou bushinenguées.

En 2023-2024, la Guyane comptait 132 classes bilingues dans le premier degré, représentant environ 3 % des élèves. Ces classes concernaient principalement le nenge tongo (71 classes), le créole guyanais (45 classes), le hmong (8 classes), le kali'na (5 classes), le portugais (2 classes) et le parikwaki (1 classe).

Les chercheurs Isabelle Léglise et Bettina Migge ont largement documenté ces dispositifs dans leurs travaux sur les langues créoles et le multilinguisme en Guyane, soulignant l'importance de reconnaître les répertoires plurilingues des élèves comme une véritable ressource éducative.

Depuis Paris Orly vers Cayenne, Air Caraïbes vous transporte pour découvrir cette richesse linguistique exceptionnelle et vivre l'expérience d'un territoire où cohabitent harmonieusement plus de vingt-cinq langues.

Questions fréquentes sur les langues parlées en Guyane

Quelles sont les langues parlées en Guyane ?

En Guyane, vous entendrez une quarantaine de langues différentes, réparties en plusieurs grandes familles linguistiques. Le français est la langue officielle et la plus parlée avec plus de 95 % de locuteurs francophones. Le créole guyanais, à base lexicale française, est très présent dans la vie quotidienne, notamment à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni. Les langues amérindiennes telles que le kali'na, le wayana, l'arawak (lokono), le palikur, le teko et le wayãpi sont parlées principalement dans l'intérieur du territoire. Les langues bushinenguées (aluku, ndyuka, pamaka et saamaka) sont utilisées dans le Bas-Maroni. Enfin, on retrouve également le portugais brésilien, le chinois (hakka et cantonais), le hmong et diverses langues créoles des Caraïbes.

Quelle est la langue la plus parlée en Guyane ?

On recense plus d'une quarantaine de langues différentes en Guyane, reflétant la diversité exceptionnelle de ce territoire. Ces langues se répartissent entre plusieurs familles linguistiques : les langues amérindiennes (kali'na, arawak, wayana, wayãpi, teko, palikur), les créoles à base française (créole guyanais, créole haïtien, créole antillais), les créoles à base anglaise (aluku, ndyuka, pamaka, sranan tongo), le saamaka (créole anglo-portugais) et des langues européennes et asiatiques comme le portugais, le chinois et le hmong. Cette richesse linguistique trouve son origine dans l'histoire mouvementée du territoire depuis le XVIe siècle.

Où apprendre les langues locales en Guyane ?

Pour apprendre les langues locales en Guyane, plusieurs options s'offrent à vous. Le Centre de Ressources en Langues de l'Université de Guyane propose un accompagnement personnalisé avec des ressources variées pour progresser à votre rythme. Les Intervenants en Langues Maternelles, dispositif mis en place par l'académie de Guyane, permettent également de découvrir les langues régionales dans un cadre éducatif. Enfin, de nombreuses associations culturelles organisent des cours et des ateliers pour transmettre le créole guyanais, les langues amérindiennes ou bushinenguées. Ces structures sont présentes principalement à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni, mais aussi dans l'intérieur du territoire.

Articles similaires

Remonter en haut de page